Le règlement européen sur les emballages, la Packaging and Packaging Waste Regulation ou PPWR, n’est plus un projet. Il a été adopté politiquement en 2024, publié début 2025, et les premières échéances contraignantes arrivent en 2030. Pour la catégorie du jus biologique, cela signifie que les choix d’emballage faits par les acheteurs en 2026 et 2027 détermineront la capacité à continuer de livrer en 2030, ainsi que le niveau de marge.
Le jus biologique est une catégorie particulièrement sensible. Son positionnement repose sur la pureté, la qualité et la transparence. L’emballage en fait partie intégrante : le verre pour la perception premium, le PET pour les formats nomades et sportifs, et les emballages carton pour les formats familiaux ou retail. Tous ces formats sont concernés par le PPWR. Ce qui relève encore aujourd’hui d’un choix marketing deviendra bientôt une exigence réglementaire.
Voici les trois sujets sur lesquels les acheteurs chez les importateurs, industriels agroalimentaires, marques de boissons et distributeurs doivent déjà agir.
1. La recyclabilité devient une condition d’accès au marché, plus un argument marketing
À partir de 2030, tout emballage mis sur le marché européen devra répondre à une classe de recyclabilité : A, B ou C. À partir de 2038, la classe C disparaît et seules les classes A ou B resteront autorisées. Un emballage qui n’atteint même pas la classe C ne pourra tout simplement plus être commercialisé à partir de 2030.
Pour le jus biologique, plusieurs formats courants sont directement concernés :
- Les sleeves et étiquettes intégrales sur bouteilles PET perturbent le flux de recyclage si le matériau ou la colle ne sont pas adaptés. De nombreuses marques bio premium utilisent justement ces formats pour leur impact visuel.
- Les bouteilles PET colorées, par exemple vertes ou brunes pour protéger de la lumière, ont généralement une valeur de recyclage plus faible et peuvent tomber en classe C, voire en dessous.
- Les emballages carton pour boissons avec couches d’aluminium sont plus difficiles à recycler que les alternatives en monomatériau.
- Les bouchons et fermetures composites, par exemple avec des joints en silicone, peuvent dégrader la note de l’emballage dans son ensemble.
Ce que les acheteurs doivent faire dès maintenant : demander à chaque fournisseur dans quelle classe de recyclabilité se situe son emballage primaire au regard des critères PPWR. Dans les nouveaux contrats, il faut définir qui porte la responsabilité d’un redesign et qui prend en charge les coûts si une SKU n’est toujours pas conforme en 2029. Attendre 2028 n’est pas réaliste, car les fournisseurs d’emballages et les imprimeurs risquent alors de faire face à un pic de capacité important.
2. Le contenu recyclé devient obligatoire, alors que le marché du rPET est déjà sous tension
À partir de 2030, les emballages PET pour boissons devront intégrer au minimum 30% de matière recyclée. En 2040, ce taux passera à 65%. Des pourcentages comparables, mais plus faibles, s’appliquent à d’autres emballages plastiques.
Sur le papier, cela paraît simple. En pratique, le sujet est plus complexe. Le rPET apte au contact alimentaire est structurellement plus rare que le PET vierge, et son prix reste supérieur depuis des années. La demande devrait fortement accélérer à partir de 2028, au moment où l’ensemble des producteurs de boissons en Europe devront se mettre en conformité. Les entreprises qui ne sécurisent pas dès maintenant leurs volumes risquent de payer une prime plus tard, ou de manquer de matière.
Pour le jus biologique, une dimension supplémentaire s’ajoute. Une partie du public bio, ainsi que certains référentiels de certification, restent prudents vis-à-vis du plastique recyclé en contact direct avec un produit positionné comme pur. Cette sensibilité est moins forte en grande distribution que dans les circuits spécialisés ou la restauration, mais elle reste un argument réel en marketing et en vente.
Ce que les acheteurs doivent faire dès maintenant :
- Conclure des contrats pluriannuels de rPET avec indexation des prix et volumes garantis.
- Évaluer si le verre ou le bag-in-box constitue une meilleure option pour certaines SKU, non seulement en raison de la rareté du rPET, mais aussi parce que le verre réemployable contribue aux objectifs de réemploi.
- Examiner si des livraisons en concentré ou en vrac à des clients B2B représentent une voie d’emballage plus efficace que le produit fini en emballage final.
3. Les systèmes de réemploi et de retour imposent des choix dans le modèle de distribution
Le PPWR introduit des objectifs de réemploi pour les boissons : à partir de 2030, 10% des boissons devront être mises sur le marché dans des emballages réemployables, puis 40% en 2040. Le règlement impose également aux États membres de mettre en place des systèmes de consigne pour les bouteilles PET et les canettes. Ces dispositifs existent déjà aux Pays-Bas et en Allemagne, et leur déploiement progresse notamment en France et en Espagne.
Pour les marques de jus biologique exportatrices, cela signifie qu’une même SKU ne pourra plus rester strictement identique dans toute l’Europe. Les logos de consigne, les codes de retour et les obligations d’enregistrement des emballages diffèrent selon les pays. Cela a des conséquences directes sur l’étiquetage, la gestion des stocks et la logistique.
En parallèle, l’obligation de réemploi ouvre aussi des opportunités. Le jus biologique est bien positionné dans la restauration, les salles de sport, les magasins santé et les circuits spécialisés, c’est-à-dire dans des canaux où les bouteilles réemployables fonctionnent historiquement mieux qu’en supermarché. Mettre en place dès maintenant un système de réemploi pour la restauration permet à la fois d’anticiper la réglementation et de créer un avantage concurrentiel clair.
Ce que les acheteurs doivent faire dès maintenant :
- Cartographier, pour chaque marché de l’UE, le système de consigne applicable et son calendrier de mise en œuvre.
- Décider s’il faut rejoindre un dispositif collectif ou construire un circuit de retour spécifique pour certains canaux.
- Évaluer si une SKU dédiée à la restauration en verre réemployable se justifie commercialement.
Que faire dans les douze prochains mois ?
Les entreprises qui livreront sans difficulté en 2030 sont celles qui auront bouclé dès 2026 trois chantiers prioritaires :
- Un audit emballage sur l’ensemble des SKU, avec une classe de recyclabilité par format et un plan de redesign pour les références insuffisantes.
- Un engagement rPET dans tous les nouveaux contrats fournisseurs, avec volumes et indexation des prix définis pour la période 2028 à 2032.
- Une analyse de marché par pays de l’UE où le produit est commercialisé, incluant les dates de mise en place des systèmes de consigne et une décision sur les canaux de réemploi.
Le PPWR n’est pas la première réglementation sur les emballages en Europe, mais c’est la première à imposer des exigences réellement contraignantes sur l’ensemble de la chaîne, du choix des matériaux jusqu’au retour des emballages. Pour la catégorie du jus biologique, qui se positionne sur la pureté et la durabilité, il ne s’agit pas seulement d’une contrainte. C’est aussi l’occasion de démontrer concrètement ces promesses. Mais cette occasion a une date limite.
Sources
FoodDrinkEurope. (n.d.). FoodDrinkEurope Position Paper: Recommendations for the PPWR. Récupéré de https://www.fooddrinkeurope.eu/resource/fooddrinkeurope-position-paper-recommendations-for-the-ppwr/
EUROPEN. (n.d.). Packaging and Packaging Waste Directive. Récupéré de https://www.europen-packaging.eu/policy-area/packaging-and-packaging-waste-directive/
Questions fréquentes
Le règlement a été publié au début de l’année 2025 et s’applique directement dans tous les États membres de l’UE. Les premières échéances produits contraignantes commencent en 2030, avec d’autres obligations en 2035 et 2040.
Oui. Le règlement couvre tous les emballages mis sur le marché de l’UE, y compris les emballages de transport, les IBC et les formats industriels. Les taux et les échéances varient selon les catégories.
Le PPWD (Packaging and Packaging Waste Directive) était une directive qui devait être transposée dans le droit national de chaque État membre. Le PPWR est un règlement : il s’applique directement, dans tous les pays au même moment et avec le même texte. Cela rend la conformité plus stricte et l’application plus homogène.
Non. Le PPWR ne fait pas de distinction entre boissons biologiques et conventionnelles. En revanche, certains référentiels de certification bio peuvent imposer leurs propres exigences en matière d’emballage, au-delà du PPWR.
